L’Alsace, un vignoble entre brumes et soleil, scrutant la reconnaissance
L’Alsace, ce filet vert posé sur les contreforts vosgiens, n’a jamais manqué d’ambitions pour ses vignes, mais la lente marche vers la reconnaissance de ses grands crus fut semée d’embûches. Ici, plus qu’ailleurs peut-être, on s’attache à la subtilité du terroir, à l’harmonie entre sols, expositions et mains vigneronnes. Or, si la Bourgogne érigeait depuis des siècles ses climats au rang de noblesse officielle, l’Alsace a longtemps gardé ses secrets jalousement, cultivant la singularité de ses coteaux d’exception sans pour autant leur offrir d’écrin réglementaire.
Avant que la notion « Grand Cru » ne prenne la forme d’une AOC, mille histoires chuchotées circulaient au sein des villages : tel coteau de Kaysersberg abritait-il vraiment le fameux « Drachenloch », la « grotte du dragon », conférant une énergie particulière au vignoble ? À Riquewihr, s’est-on battu bec et ongles pour défendre le « Schoenenbourg », vanté par Voltaire lui-même ? L’histoire de l’AOC Alsace Grand Cru, c’est avant tout une longue patience où la géographie et les hommes se sont constamment observés, défiés, reconnus.