Le Muscat à travers les siècles : chouchou des tables, parent pauvre des investisseur·euses
Un apéritif royal aux sources du terroir
Longtemps, le Muscat d’Alsace a régné sur les tables – non pas comme vin de méditation ou de garde, mais en ouverture, compagnon de l’asperge locale, du saucisson sec, des légumes croquants. On raconte dans de vieux carnets familiaux d’Eguisheim ou de Turckheim que la fête du printemps sans Muscat n’était pas tout à fait réussie !
Au XIXe siècle, le Muscat servait également, dans certains bourgs, de vin de messe (“vinum sanctum”), remplaçant ponctuellement le Tokay Pinot Gris lors de mauvaises récoltes (source : Archives départementales du Bas-Rhin).
Un lent déclin… puis un réveil gourmand
Le Muscat d’Alsace connaît pourtant son premier reflux brutal à partir du XXe siècle, miné par :
- L’arrivée de cépages américains après la crise phylloxérique (années 1870).
- Le succès croissant du Riesling, roi du vignoble en matière de garde et d’expression du terroir.
- Une réputation parfois ambiguë, car le Muscat Ottonel, s’il produit des vins faciles, peut perdre de son éclat sur de mauvais terroirs ou en années humides.
Sur la période 1958-1972, la part du Muscat dans le vignoble chute de près de 50% (source : INAO). Mais depuis les années 1990, à la faveur des recherches sur l’expression des terroirs d’Alsace, des vignerons passionnés redonnent au Muscat Petits grains ses lettres de noblesse. Ce sont désormais des micro-cuvées, souvent issues de terroirs de grès ou de granite, de vieilles vignes, vinifiées avec soin et gourmandise.