Entre tradition et création : les sommeliers à l’épreuve des nouveaux styles de vins d’Alsace
Région de contrastes, l’Alsace est une terre où les racines plongent profond dans les terroirs multicolores, mais où l’on n’a jamais eu peur non plus de...
Voyage au cœur des terroirs alsaciens et de leurs secrets
Si l’Alsace évoque naturellement son cortège de stars—Riesling, Gewurztraminer, Pinot Gris—le Sylvaner, lui, avance masqué. Souvent relégué au second plan, il a pourtant écrit quelques-unes des plus belles pages viticoles de la région. Mais qu’est-ce qui fait que, dans ce paysage foisonnant, il reste perçu bien souvent comme le « petit vin de soif », alors qu’il déploie, sous la plume attentive de vignerons passionnés, des accents surprenants et authentiques ?
C’est dans les terroirs argilo-calcaires, tout autour de Mittelbergheim, qu’il a trouvé ses plus hauts ambassadeurs. Là, chez des vignerons comme Lucas Rieffel, Albert Seltz ou la famille Boeckel, le Sylvaner retrouve ses lettres de noblesse.
Mais face à un chardonnay bourguignon ou aux stars régionales, a-t-il vraiment une carte à jouer ? Plutôt que de trancher à coups de dogmes ou de stéréotypes, partons humer ses rangs, sonder les terroirs et déguster quelques millésimes où il se fait orfèvre.
Introduit en Alsace au début du XVII siècle en provenance d’Autriche (source : VinsAlsace.com), il a recouvert jusqu’à 25 % des surfaces plantées d’Alsace dans les années 1950, rivalisant alors en notoriété avec les plus grands cépages régionaux (source : INSEE/La revue du Vin de France).
Après la Seconde Guerre mondiale, la soif d’un vin accessible le propulse en masse sur les tables. Sa productivité, sa fraîcheur font merveille... à condition de ne pas rechercher la grande complexité. Mais cette réputation de « vin simple » lui colle à la peau, au point qu’aujourd’hui les chiffres sont très révélateurs :
Pourtant, ces dix dernières années, des vignerons ont relevé le défi de lui rendre sa grandeur, comme en témoigne en 2006 l’inscription du Sylvaner Grand Cru Zotzenberg—une première et une exception parmi les Grands Crus d’Alsace.
Le Sylvaner d’Alsace ne cherche pas l’exubérance aromatique d’un Gewurztraminer, ni la structure parfois intimidante d’un Pinot Gris. Au nez, il s’offre sur des notes fraîches de pomme verte, de poire, d’herbes fines, égayées d’un brin de silex ou de craie.
En bouche :
Un vin qui se fait « vin de copains » en entrée de gamme, mais peut aussi, dans ses meilleurs terroirs, se doter d’une surprenante profondeur et d’une tension que beaucoup de dégustateurs à l’aveugle attribueraient à un chablis ou à un verdicchio.
C’est sur les coteaux argilo-calcaires de Mittelbergheim, sur Zotzenberg, qu’il révèle toute sa dimension. Le Grand Cru Zotzenberg, l’unique Grand Cru autorisant le Sylvaner, montre ce que ce cépage, souvent mésestimé, est réellement capable de livrer :
Là où le Muscat ou même le Riesling s’essoufflent parfois en cas de surmaturité, le Sylvaner, s’il est maîtrisé, apporte une remarquable rectitude et une gourmandise presque aérienne.
On compare souvent deux mondes : les chardonnays frais de Bourgogne, les rieslings allemands, des Chenin de Loire bien ciselés. Alors, sur quels critères le Sylvaner pourrait-il sérieusement se mesurer ?
Pourtant, il lui reste à convaincre hors du cercle des passionnés. Son image, longtemps cantonnée aux vins de soif, évolue lentement, galvanisée par la nouvelle génération de vignerons.
Il paraît évident que jamais le Sylvaner ne cherchera à rivaliser dans l’opulence ou la séduction facile, terrain des Chardonnay brillants ou des Chenin solaires. Mais ses atouts résident ailleurs : dans la pureté, la franchise, cette fraîcheur immédiate qu’on retrouve de Berlin à Tokyo, car il sait parler un langage universel.
Le voir aujourd’hui porté par une poignée de vignerons inspirés, reconnu à l’export (on le retrouve dans les meilleurs bars à vin de Copenhague ou à New York), devrait inciter les curieux à oser plus souvent la découverte. Derrière l’étiquette « vin simple », il y a une multitude de nuances, de terroirs, de millésimes.
Pari d’avenir ? Il semblerait que le Sylvaner ait retrouvé sa voix. Ne cherchez pas en lui la star tapageuse, mais le complice des belles tablées et des temps suspendus. Pour qui sait écouter, le Sylvaner d’Alsace n’a pas fini de surprendre.